Conférence internationale sur l’Afghanistan

Conférence internationale sur l’Afghanistan :
Une approche globale dans un contexte régional
(La Haye, 31 mars 2009)

Bernard Kouchner a participé à la conférence ministérielle internationale sur l’avenir de l’Afghanistan qui s’est tenue le 31 mars à La Haye, sous les auspices de l’ONU. Il était accompagné par Pierre Lellouche représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan.

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Environ 80 pays ont été invités ainsi qu’une vingtaine d’organisations internationales impliquées dans des opérations de sécurité et de reconstruction en Afghanistan, signe de l’importance de la stabilisation de ce pays pour l’ensemble de la communauté internationale.

Cette conférence était l’occasion de dresser un premier bilan de la mise en œuvre des engagements pris lors de la Conférence de Paris en juin 2008 et de travailler sur les priorités de la communauté internationale en Afghanistan pour les mois à venir : réforme de la police, développement de l’agriculture, progrès en matière de coordination et d’efficacité de l’aide.

La réunion était également l’occasion de mettre l’accent sur la préparation des prochaines élections et sur la nécessité de renforcer la coopération régionale.

Point de presse


- Point de presse de ce jour : le porte-parole du ministère des Affaires étrangeres et européennes a fait les declarations et repondu aux questions suivantes :


’’Vous savez qu’aujourd’hui se déroule la Conférence de La Haye avec près d’une centaine de délégations, où sont également présents le Secrétaire général des Nations unies ainsi que le président Afghan. La France y est représentée par Bernard Kouchner, accompagné du Représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, Pierre Lellouche.

Vous connaissez nos positions concernant la présence internationale en Afghanistan, sur les objectifs de cette présence. Vous avez sans doute remarqué que nous avons diffusé une réaction vendredi dernier, à l’issue des déclarations du président Obama.

Ce qui nous a beaucoup frappé, c’est de constater que ce qui a été présenté par le président Obama comme la nouvelle stratégie américaine, à l’issue de ce qui a été appelé ’’la revue des revues’’, est absolument en ligne avec ce pourquoi nous plaidons depuis plusieurs mois, notamment Bernard Kouchner, et notamment depuis la conférence de Paris de juin 2008 ainsi que celle de la Celle Saint-Cloud au mois de décembre dernier.

Je veux parler des quatre grands axes : la dynamique politique, avec une dimension de réconciliation nationale,
le développement, avec la nécessité d’augmenter la contribution civile au développement et de renforcer notamment la coordination par les Nations unies, mais aussi en étant attentifs à plusieurs sujets majeurs comme la corruption, l’importance de la décentralisation et la question majeure de l’agriculture. Le troisième point important est celui d’une stratégie de présence et de sécurité qui renforce les capacités régaliennes de sécurité afghane, la police et l’armée. Le quatrième point est bien sûr la dimension régionale.

La conférence d’aujourd’hui est importante, c’est une étape essentielle quant à la poursuite de la mobilisation de la communauté internationale et par ailleurs, je vous rappelle que, contrairement à ce que j’ai lu encore dans la presse ce matin, ce n’est pas la première conférence de ce type avec une présence iranienne de haut niveau puisque lors de la conférence de Paris du 12 juin dernier, il y avait une présence iranienne de haut niveau.

Nous avons réalisé avec le ministère de la Défense un petit document d’informations qui fait la synthèse des contributions françaises en Afghanistan, que ce soit en matière diplomatique d’aide à la reconstruction et d’engagement de sécurité.’’

-  Dans la déclaration de M. Obama, il a repris une phrase que vous avez citée plusieurs fois, sur quels points avez-vous eu des consultations avec les Américains lorsqu’ils concevaient cette revue américaine ? Vous ont-ils contacté plusieurs fois pour connaître votre avis ?

’’Oui, nous avons eu des contacts plusieurs fois, à plusieurs niveaux. Chaque fois, nous avons eu le réel sentiment d’être écoutés.
Cela a été le cas pour Bernard Kouchner qui a parlé du sujet avec Hillary Clinton, avec Richard Holbrooke bien sûr, avec le général Petraus et avec le général Jones.’’

-  Avez-vous une réaction aux déclarations de M. Eide qui parle de l’actuelle conférence et de la première Conférence pour laquelle il a estimé qu’elle avait été un franc succès. Il y a effectivement eu une récolte d’engagements dit-il, mais que peu de choses ont suivi ensuite et que la deuxième conférence était celle de la seconde chance pour l’Afghanistan.

’’Il était co-organisateur de la première conférence, il a été notamment en charge, du côté international, du suivi de cette conférence. Ce qu’il dit - et je crois qu’il a raison de le dire -, c’est que cette conférence a à la fois donné des directions importantes et généré des engagements financiers. Il y a eu des réalisations concrètes issues très directement des recommandations de la conférence du 12 juin mais il est clair qu’il y a encore du chemin avant que tout soit mis en oeuvre.

Tout l’intérêt de la conférence d’aujourd’hui est de permettre de remobiliser autour des mêmes orientations et avec une différence importante, une administration américaine très décidée à prendre sa place dans cette dynamique ainsi que le président Obama l’a dit et comme Mme Clinton l’a de nouveau indiqué ce matin.
Personne n’imaginait, et Kei Eide le premier qui connaît extrêmement bien la situation et les dynamiques nationales et internationales, personne n’imaginait que la conférence de Paris se transformerait immédiatement, sur l’ensemble des sujets, en réalisation immédiate et concrète totalement aboutie.

C’est évidemment un long chemin mais les nouvelles directions données par l’administration américaine qui vont exactement dans ce sens et la réunion d’aujourd’hui sont des éléments importants pour aller dans cette direction.’’

-  Est-ce que l’aide française destinée à l’agriculture, à l’éducation et à la santé sera accordée au gouvernement afghan ou aux collectivités locales, considérant la mauvaise gouvernance, comme le laissent entendre les Américains ?

’’Il faut agir en appuyant les différents acteurs : les autorités institutionnelles parce qu’il est utile de construire et d’aider à construire des institutions ., il faut appuyer les efforts décentralisés ., il faut également soutenir les ONG internationales et locales qui peuvent apporter une contribution complémentaire à celles que peuvent apporter les autorités nationales ou les efforts décentralisés. Nous sommes décidés à agir sur ces différents éléments, y compris concernant l’aide aux institutions nationales au travers du trust fund qui vient appuyer ces efforts institutionnels. Nous sommes en faveur d’une aide multi-facettes.

Nous avons souligné les enjeux de la bonne gouvernance, mais il ne faut pas qu’au nom de la bonne gouvernance, on ne vienne plus appuyer le développement des institutions. Si nous prenons ce risque, nous allons aggraver les problèmes de gouvernance et notamment le décalage entre le centre et la périphérie. Donc il faut être vigilant et extrêmement rigoureux sur les questions de corruption et de bonne gouvernance, mais continuer à mettre une partie du soutien dans la construction des institutions au niveau national et par ailleurs, il faut effectivement essayer le plus possible que l’aide aille directement aux populations dans les provinces et dans les districts et cela demande un soutien à la dynamique centralisée. Il faut faire les deux, et même les trois avec le soutien aux ONG.’’

-  Est-ce que le gouvernement afghan ne se sent pas remis en cause avec cet accent nouveau mis sur la corruption ?

’’Demandez-lui.

Dès le 12 juin - cela figurait dans les recommandations du 12 juin - nous avons dit qu’il fallait absolument qu’il y ait des progrès en matière de bonne gouvernance et en matière de lutte contre la corruption. Nous continuerons à pousser pour que ces efforts soient mis en oeuvre.
Quelle est la réaction du gouvernement, il faut leur demander. De notre côté, nous savons quelle est notre détermination sur le sujet.’’

-  Que pensez-vous du rôle régional, surtout de l’Iran et du Pakistan qui traverse aujourd’hui une situation très difficile ? Comment ces deux pays peuvent-ils aider à résoudre le problème ?

’’D’abord en affirmant qu’il y a bien une dimension régionale. C’était le sens de la réunion de la Celle-Saint-Cloud ainsi que de la réunion du 12 juin. L’idée est de reconnaître qu’il ne peut pas y avoir de stabilisation durable de l’Afghanistan s’il n’y a pas un effort régional et inversement.

Deuxièmement, il s’agit de dire qu’il y a évidemment une question spécifique afghano-pakistanaise, concernant notamment les zones tribales et les zones frontalières. Pour cela il faut renforcer la coopération entre l’Afghanistan et le Pakistan. De ce point de vue, ce que l’on entend de la part des autorités des deux côtés, la volonté de renforcer le travail en commun, nous paraît être une bonne chose. Il faut renforcer cette dynamique.

Il faut également - comme les Américains l’ont rappelé - se préoccuper de la stabilité du Pakistan lui-même, bien sûr.

Il faut travailler avec tous les acteurs, qui sont soit immédiatement frontaliers, et on pense notamment à l’Iran. C’est pour cette raison que nous avions invité ce pays lors de la conférence de Paris, le 12 juin 2008, à laquelle a participé le ministre iranien des Affaires étrangères, M. Mottaki. C’est pour cette raison que l’Iran avait été invité à la Celle-Saint-Cloud et qu’au dernier moment, alors qu’il y avait une confirmation écrite de la présence du ministre Mottaki, l’Iran était absent. Nous insistons sur le fait qu’il faut qu’il y ait des discussions avec les autorités iraniennes sur le sujet, mais également avec les autres acteurs frontaliers de la région.

Nous pensons qu’il est important que l’Inde également soit fortement impliquée parce que les liens entre l’Inde et l’Afghanistan sont forts, que l’Inde est un acteur régional très important et qu’il faut également que l’Inde, même si elle n’est pas voisine immédiate, puisse jouer un rôle dans la stabilité régionale.’’

-  Qu’est-ce qui est attendu de l’Iran ? De permettre le passage des forces et de la logistique militaire ?

’’Non, il ne s’agit pas du passage des forces. L’idée est qu’il y ait un dialogue auquel participent les Iraniens sur l’ensemble des sujets, que cela soit les échanges économiques, le contrôle des frontières ou encore les échanges politiques. Evidemment circulation des personnes, mais aussi lutte contre la drogue, etc. Il faut qu’il y ait un partenariat, des discussions entre l’Afghanistan et ses voisins.

Concernant l’Iran, cela vaut autant pour les questions économiques. Il peut y avoir des discussions sur les enjeux énergétiques, sur enjeux de l’eau.’’

-  Est-ce que la France est prête à augmenter ses financements de projets en Afghanistan et au Pakistan suite à cette conférence, au-delà de ce qui avait déjà été promis par exemple à la conférence de Paris ?

’’Oui. Il a été décidé que la contribution française civile serait augmentée. Nous allons probablement l’augmenter cette année pour presque la quadrupler, avec la perspective de rejoindre à peu près les niveaux de la plupart de nos partenaires européens si possible en 2010.’’

-  Pouvez-vous nous préciser les montants ?

’’L’aide civile au projet de reconstruction et de développement passe d’un peu plus de 10 millions à 40 millions cette année.

Par ailleurs, il y a la question de la police. Vous savez que nous travaillons avec nos partenaires européens - Bernard Kouchner l’a encore rappelé à l’occasion du Gymnich où il y a eu une discussion sur le sujet. Nous travaillons avec nos partenaires européens sur l’idée d’un renforcement de la présence de police et de gendarmerie, notamment sur la composante gendarmerie, en Afghanistan. Nous sommes en train de discuter avec nos partenaires afin de voir quelles sont les meilleures modalités.

En revanche, il n’y a pas de perspective d’augmenter notre présence militaire.’’

-  Concernant cette force de gendarmerie, une réunion n’avait pas été prévue à trois, Grande-Bretagne, Allemagne et France, au niveau des ministres des Affaires étrangères, avec les trois envoyés spéciaux ?

’’Il y a aujourd’hui à La Haye beaucoup de monde y compris les ministres des Affaires étrangères européens, y compris des représentants spéciaux. Laissons les gens travailler et discuter, mais cela fait partie des sujets qui sont évoqués.’’

-  Est-ce que la France est engagée sans durée de limite en Afghanistan ? D’autres puissances engagées se sont dit qu’au bout de dix cela suffisait, ils rentrent à la maison. Est-ce que pour la France, l’engagement se fait sans date limite en Afghanistan ?)

’’Il n’y a pas eu de date aujourd’hui évoquée pour notre retrait d’Afghanistan. Nous avons dit qu’il y a du travail à faire. Il y a des objectifs à atteindre, notamment en matière de sécurité, de développement des capacités des forces de sécurité afghanes. Dès que ces forces de sécurité afghanes seront en mesure de répondre à la question de la sécurité et d’exercer leur pleine responsabilité de souveraineté, évidemment, il n’y aura plus d’utilité pour maintenir une présence militaire, mais ce n’est pas le cas maintenant. Aucune date n’a été arrêtée, mais en revanche il y a une démarche et un objectif clairs.’’

-  Vous avez dit que vous allez envoyer des forces de police, de gendarmerie mais pas de militaires. Quelle est la différence entre un gendarme bien équipé qui est en Afghanistan et doit se défendre et un militaire ?

’’C’est radicalement différent. Les policiers ou les gendarmes exercent des missions de police, c’est-à-dire qu’ils exercent des missions de loi et d’ordre.’’

’’Cette distinction est valide dans les situations de post-conflit ou les situations de conflits. Ce n’est pas la même chose que d’exercer des missions de police que ce soit d’ailleurs par les forces policières et par la gendarmerie d’exercer des actions militaires de combat. C’est très différent.
Cela ne dépend pas des mêmes chaînes de commandements. Par exemple, l’augmentation des forces de police et de gendarmerie répondent aux demandes du ministre de l’Intérieur afghan, M. Atmar, qui connaît la nécessité, dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, de créer des forces de police qui puissent exercer leur rôle sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, rôle différent des besoins militaires.’’

-  Est-ce que la médiation saoudienne a abouti à quelque chose de concret ?

’’Il faudrait le leur demander. A l’heure actuelle, cela n’a pas encore abouti à un processus définitivement stabilisé de réconciliation nationale. La médiation saoudienne ne s’applique qu’à un des niveaux du processus de réconciliation, laissons celui-ci se poursuivre afin qu’il puisse aboutir à des résultats tangibles.’’

Dernière modification : 31/03/2009

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