Allocution de M. Daniel JOUANNEAU, Ambassadeur de France au Canada, à l’occasion de la remise des insignes de chevalier de la Légion d’honneur à M. Sylvain LAFRANCE

Allocution de M. Daniel JOUANNEAU, Ambassadeur de France au Canada,
à l’occasion de la remise des insignes de chevalier de la Légion d’honneur
à M. Sylvain LAFRANCE

OTTAWA, 6 juillet 2007

Monsieur le Vice-président principal, cher Sylvain Lafrance,
Madame la Vice-présidente, messieurs les Vice-présidents,
Messieurs les Directeurs,
Monsieur le Sous-ministre adjoint,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Bienvenue à tous. Nous sommes heureux, ma femme et moi, de vous accueillir à la Résidence de France où, dans quelques minutes, je remettrai à M. Sylvain Lafrance les insignes de chevalier l’Ordre de la Légion d’honneur. La Légion d’honneur est notre premier ordre national. Elle a été créée il y a plus de deux siècles par Napoléon, pour récompenser les soldats de la Grande Armée. L’Empereur décida de la décerner aussi aux civils. Les personnalités étrangères peuvent, dans certains cas très peu nombreux, recevoir la Légion d’honneur lorsqu’elles ont rendu des services exceptionnels aux relations et à l’amitié entre leur pays et la France.

Cet honneur est justifié par tout un ensemble : un parcours professionnel remarquable, un engagement résolu en faveur de la francophonie, et un appui inconditionnel aux plus belles valeurs du service public.

Cher Sylvain, enfant de l’Outaouais, né à Maniwaki, vous faites toutes vos études dans la région de la capitale fédérale. Dès cette époque, vous êtes remarqué pour vos convictions et votre capacité d’action : bien avant le protocole de Kyoto, vous assumez à 16 ans la vice-présidence au Québec des Clubs 4-H dont la mission est la conservation de l’environnement.

Suivent des études supérieures. A l’Université d’Ottawa, puis à l’Université du Québec à Hull - en relations industrielles – enfin, à l’École Nationale d’Administration Publique. Au cours de ces années, vous faites preuve de beaucoup d’ouverture d’esprit, d’une vraie curiosité intellectuelle, et d’une grande capacité de travail, trois qualités qui vous aideront beaucoup dans votre carrière. Vous passez aussi par la France, au Centre de formation des journalistes de Paris - le fameux CFJ - où vous allez lier vos premières relations avec les professionnels de notre pays et commencer à développer vos réseaux.

Ce détour français en rappelle un autre, plus ancien, puisqu’il y a plus de 60 ans votre père, Benoît Lafrance, était aux côtés des troupes de libération lors de la bataille de Normandie. Il y a donc entre votre famille et notre pays, au-delà même du patronyme, un vrai lien qui est à la fois historique et très personnel, et je suis très heureux que vos parents puissent être à vos côtés aujourd’hui.

Avec les années 70 vient le temps de vos premiers pas radiophoniques. En 1978, vous rejoignez la salle des nouvelles de Radio-Canada à Ottawa. Cette expérience vous marque : il y a là devant vous, au quotidien, la passion de tous ceux qui alimentent jour après jour les antennes, en assurent la richesse, et en garantissent la diversité. Ce respect de la radio publique vous habite aujourd’hui encore, et lorsque vous préparez vos projets de réforme, vous ne perdez jamais de vue tout ce qui fait la singularité de Radio-Canada.

Désormais homme de radio, vous ne manquez ni d’idées, ni de projets. Vous vous investissez avec passion et dynamisme dans toutes vos missions. Au sein de Radio-Canada, vous progressez rapidement : journaliste, rédacteur en chef, réalisateur, producteur délégué, et finalement directeur de la station d’Ottawa.

Vous êtes alors reconnu non seulement pour votre travail de journaliste, mais aussi pour vos qualités de gestionnaire, de négociateur, et - déjà - pour votre charisme et votre vision. Loin de vouloir tout changer, vous savez trouver le bon dosage pour permettre à votre station de se moderniser et de s’adapter à un marché toujours plus complexe et concurrentiel.

Vos missions suivantes vont vous conduire à Montréal pour diriger, dans un premier temps, les stations régionales du groupe. A ce poste, vous allez révéler votre dimension de patron, votre capacité à animer un réseau et aussi votre ambition pour Radio-Canada. Vous cumulerez plusieurs postes jusqu’à la direction de la chaîne culturelle, puis de toute la radio française de Radio-Canada.

En 2000, le ministre français de la culture vous nomme chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres, en remerciement du dynamisme dont vous faites preuve dans la promotion d’une francophonie ouverte et moderne. Aujourd’hui encore, on dit autour de vous qu’il est très difficile de trouver une chanson anglaise sur votre iPod…
A partir de 2001, les succès d’ « Espace musique » et d’autres projets et programmes vous propulsent vers la direction de Radio Canada International (RCI), qui est la voix du Canada dans le monde entier. Lorsque, en 2005, vous êtes promu vice-président principal des services français de Radio-Canada, vous devenez un des « incontournables » du paysage audiovisuel canadien, et l’essor que vous avez fait prendre aux radios du groupe, dans le plus grand respect d’un service public moderne et dynamique, est alors largement reconnu.

Je vous félicite pour cette très grande réussite. En France, nous sommes en effet bien placés pour savoir que les enjeux économiques, la concurrence avec les opérateurs privés, les relations avec les multiples niveaux administratifs du gouvernement et les révolutions technologiques font des groupes audiovisuels publics des organisations certes passionnantes, mais aussi très complexes à diriger et à développer. Vos réussites dans cet environnement unique et extrêmement exigeant n’en sont que plus remarquables.

Radio-Canada continue aujourd’hui de bénéficier de votre talent et de votre énergie. Vos mandats vous conduisent à présider le conseil d’administration d’ARTV, la chaîne canadienne de langue française dédiée aux arts et à la culture.

Au sein de TV5 Monde, votre présence est appréciée de tous. Il en va de même pour votre implication dans l’activité des syndicats professionnels internationaux.

Ces derniers mois, plusieurs patrons de l’audiovisuel français dont François Bonnemain, Michel Boyon et Jean-Paul Cluzel nous ont fait part de leur plaisir de vous savoir nommé chevalier de la Légion d’Honneur. Toutes leurs réactions spontanées prouvent l’importance qu’ils accordent au climat de confiance que vous savez instaurer, et à quel point ils vous considèrent tous comme un partenaire proche et précieux.

Cette affinité, cette complicité nous rappellent aussi combien la France et le Canada sont proches. La promotion d’une francophonie moderne, la pluralité de l’information, la protection des archives, l’ouverture sur le monde sont autant de chantiers auxquels nous accordons vous et nous beaucoup d’attention et d’efforts.

Au milieu de ces missions, vous partagez avec Caroline, votre épouse, des passions pour les beaux livres et la photographie. On retrouve autour de votre famille et de vos amis le dynamisme que vous imprimez à votre carrière. Envie de découvrir autre chose. Envie aussi d’y amener ceux qui comptent pour vous, comme lorsque vous lancez à vos amis - qui vous connaissent plutôt skieur, skipper, ou gastronome - un nouveau défi en créant les « nuits de la poésie » qui rassembleront pour des soirées entières les passionnés du langage et de l’imaginaire.

Cher Sylvain, au delà des hautes responsabilités que vous exercez, je tiens à saluer la façon dont vous menez votre mission, la passion qui vous anime, les valeurs que vous défendez.

Vous faites partie de ceux qui font bouger les frontières, qui se projettent en permanence dans l’avenir. Ce sont ces valeurs et leur traduction dans votre action, depuis près de 30 ans, en faveur de l’audiovisuel public d’excellence, qui font qu’aujourd’hui la France vous distingue et vous honore.

Sylvain Lafrance, au nom du Président de la République française, nous vous faisons chevalier de la Légion d’honneur.

Dernière modification : 09/01/2018

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