Afghanistan : Bernard Kouchner a rencontré le général David Petraeus

"Le ministre Bernard Kouchner a reçu lundi 9 février le général David Petraeus, qui est venu lui présenter les réflexions de la nouvelle administration américaine sur l’Afghanistan. Cet entretien fait suite à ceux que Bernard Kouchner a eus avec la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le général James Jones et Richard Holbrooke.

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Entretien de Bernard Kouchner avec le général David H. Petraeus (09.02.09) © F. de la Mure

Le ministre a rappelé que notre priorité devait être de placer la population afghane au coeur de l’action de la communauté internationale, en permettant progressivement à l’Afghanistan d’assurer sa sécurité, de fournir les services publics essentiels à ses citoyens et de générer ses propres revenus. Le général Petraeus a confirmé que cette approche serait bien celle qu’il entendait mettre en oeuvre avec les partenaires de l’OTAN. Il a également insisté sur l’importance de poursuivre l’approche régionale engagée par la France avec la réunion ministérielle de La Celle Saint-Cloud en décembre dernier."

’’Hillary Clinton a beaucoup insisté, lors de l’entretien qu’elle a eu avec Bernard Kouchner, sur l’importance d’écouter les principaux alliés des Etats-Unis au sujet de la stratégie poursuivie en Afghanistan.

C’était également la position de Richard Holbrooke ainsi que celle du général James Jones et du général Petraeus.’’

  • Qu’est-ce que demandent les Américains ? Ils demandent des troupes françaises ?

’’Non. Il n’y a pas eu de demande américaine de contribution additionnelle lors de ces entretiens.
En revanche, il y a une demande d’échanges et de réflexion commune. Plusieurs travaux d’analyse des leçons tirées de la stratégie en Afghanistan par l’administration américaine ont été réalisés à plusieurs niveaux. Dans ce cadre, les Américains souhaitent échanger avec leurs principaux partenaires.’’

  • Y a-t-il eu des demandes adressées par le président Obama lui-même ?

’’Le président Obama s’est exprimé pendant sa campagne pour une implication américaine plus importante en Afghanistan. Il n’y a pas eu de demande faite à la France depuis que la nouvelle administration américaine est en place.’’

  • Malgré la volonté de l’administration américaine d’écouter le point de vue français sur l’Afghanistan, n’y a-t-il pas une divergence d’approche sur la question de l’Afghanistan ? Les Américains accentuent la nécessité de traiter d’abord de la sécurité alors que la France adopte une approche comprenant, en dehors de la sécurité, la reconstruction, la formation, le soutien au gouvernement afghan ? Y a-t-il une divergence sur ce point ?

’’Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait une divergence. Personne ne peut dire aujourd’hui que la stratégie américaine est arrêtée et établie puisque les responsables américains le disent clairement eux-mêmes.

En terme de grande orientation, nous avons compris qu’il n’y avait pas de divergence sur la stratégie générale :

- il n’y a pas de solution militaire à la situation de l’Afghanistan .,
- il y a besoin d’une approche globale intégrant les trois grandes dimensions - qui sont d’ailleurs celles de la conférence de Paris du 12 juin 2008 - c’est-à-dire la sécurité, le développement, la dynamique politique et la démocratisation.

Ces éléments convergent vers un objectif majeur, que certains résument par ’’afghanisation’’ ou bien par ’’appropriation’’ par les Afghans de tous les éléments de leur souveraineté. Cela se fait par un transfert progressif des responsabilités et un appui international.

Dans ce cadre, certains responsables américains ont parlé de l’importance du renforcement de la dimension sécuritaire mais sans oublier le reste. De notre côté, nous pensons qu’il y a une dimension sécuritaire sans aucun doute - sans sécurité il est difficile de faire le reste - mais qu’il faut également fortement insister sur les autres aspects. Il peut y avoir de légère nuance d’appréciation, mais je n’ai rien entendu de divergent sur les grandes orientations.

Il faudra attendre plus précisément les arbitrages de la nouvelle administration.

Les autorités de Washington ont clairement indiqué que le déplacement de Richard Holbrooke avait pour but d’écouter, de réévaluer et d’analyser plutôt que de transmettre des messages prédéterminés.’’

  • Toutefois, le général Petraeus qui a fait ses preuves en Irak avec la montée en puissance du déploiement des troupes américaines, est favorable à la même stratégie en Afghanistan. Les Américains ont déjà décidé de déployer 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Les Américains semblent donc, même avec l’équilibre dont vous parlez, privilégier d’abord la sécurité et ensuite d’inclure les autres éléments. Où va se situer l’équilibre avec les autres partenaires en Afghanistan ?

’’Nous avons également entendu de la part des responsables américains la nécessité de renforcer les efforts en matière de développement, de coordination de l’aide, etc. Nous n’avons pas le sentiment que ce que nous avons entendu soit déséquilibré.

Il faut écouter ce que disent les responsables américains lorsqu’ils indiquent qu’ils sont dans une phase d’analyse et de revue de leurs objectifs. Il serait très prématuré et très présomptueux de la part de qui que ce soit, de considérer que nous avons une perspective définitivement arbitrée des différents éléments stratégiques proposés par la nouvelle administration américaine.’’

  • Est-ce que vous avez discuté du dossier afghan dans son prolongement pakistanais ? Est-ce qu’au sujet du Pakistan vous êtes également sur la même longueur d’onde que sur l’Afghanistan ?

’’La dimension régionale a été évidemment abordée dans les différents entretiens. Nous avons échangé des éléments d’appréciation sur l’importance de la dimension régionale, ce qui inclut évidemment la relation Afghanistan - Pakistan.

Je rappelle que cet aspect était au centre de la réunion de la Celle Saint Cloud en décembre 2008 avec l’Afghanistan et ses voisins à l’invitation de Bernard Kouchner.

Sur le fait que la dimension régionale est importante, il y a absolument convergence. Sur ce que cela signifie, il faut attendre et écouter les responsables américains lorsqu’ils auront défini leur position. Richard Holbrooke va au Pakistan et en Afghanistan, ainsi qu’en Inde pour écouter et analyser.’’

  • D’après vos rencontres avec la nouvelle administration, est-ce que vous croyez qu’il y a vraiment du changement en Afghanistan, au Proche-Orient, sur le conflit israélo-palestinien ?

’’La différence de tonalité dans la posture et dans l’écoute était vraiment très frappante.

Concernant l’Afghanistan, ils écoutent leurs partenaires.

Concernant le Proche-Orient, ils étaient également dans une première phase d’écoute, comme l’a montré la récente tournée de George Mitchell et son entretien avec le président de la Republique et Bernard Kouchner à Paris.

La bonne nouvelle, c’est la volonté de la nouvelle administration américaine de s’impliquer au Proche-Orient dès le début de son mandat, comme nous l’avions souhaité dans le document transatlantique.’’

Dernière modification : 27/02/2009

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